Interview de Yannick, illusionniste

Qu’est-ce que l’illusion pour vous ?

Une erreur. Attention, je ne parle pas ici de « l’erreur » en tant que « faute ou de ratage », mais plutôt « d’erreur » dans son sens étymologique « d’errer ». Pour moi, l’illusion va être l’errance du cerveau à mon insu.

Comment expliquez-vous que les gens ne voient pas ?

Ce n’est pas que les gens ne voient pas, ils voient, ils voient même très bien, sinon le tour de magie, l’illusion, ne fonctionneraient pas. Je peux même ajouter que c’est parce que le spectateur est conscient de tout ce qu’il voit, que le tour de magie se créé. A contrario, si à un moment, il pense qu’il n’a pas vu, ou suivi une action, cela peut nuire au tour, la magie disparaît et laisse place à l’objection. Basiquement (car il y a d’autres facteurs), le magicien ne joue pas avec la vue, mais plutôt avec l’attention du spectateur. Nous imaginons être attentifs à tout ce qui nous entoure, simplement parce que nous sommes éveillés, là est la véritable illusion. L’attention est une ressource qui varie suivant notre état émotionnel.


Par exemple, il nous est tous arrivé de perdre des clefs (ou autre), les chercher partout, fouiller chaque recoin et ne rien trouver. Puis, un temps passe, on repart à la recherche, et comme par hasard on retrouve nos maudites clefs, à un endroit, où en plus, on avait déjà regardé. Alors, comment expliquer, magie, sorcellerie ? Plus simplement, on pourrait dire qu’à un moment donné nous avons regardé à cet endroit sans y est complètement attentif (dû notamment à l’énervement de ne pas les trouver). Les clefs étaient dans notre champ visuel, mais notre cerveau ne les voyait pas. Ainsi, lorsque nous revenons sur les lieux du crime, plus calme et plus attentif, on les re-découvre. Cela nous créé un véritable tour de magie interne, car on aurait juré que… Il y a une sorte de « cécité visuelle », ou plutôt « cécité d’inattention » comme disent les scientifiques aujourd’hui.

Qu’est-ce qu’un magicien doit apprendre ou faire pour être totalement présent ?

Il faut qu’il soit à l’écoute de ses spectateurs. D’ailleurs l’illusionnisme fait partie de ces Arts qui ne peuvent se vivre qu’au présent, dans l’instant. On ne peut figer l’illusion qui se déroule devant nos yeux, elle est comme un flot qui s’écoule. Le piège pour l’illusionniste serait de rester sur la route qu’il connait, en l’occurrence le déroulement de son tour. A partir du moment où il y a interaction avec le public, son tour de magie doit se synchroniser avec le public. Il doit observer que le public comprend bien la situation (le texte ou la mémorisation d’une carte à jouer par exemple). Faire des pauses quand celui-ci est perdu, où quand il vit un moment magique. Même si c’est l’illusionniste qui propose l’histoire, c’est le spectateur qui s’invente le film dans sa tête. Il devient indispensable d’avoir cette écoute de l’autre, et de cette action (ou non action) le présent se créé de lui-même.

Que vous a apporté la maîtrise de l’illusion, à titre personnel ?

Un regard sur moi et un sourire lorsque je remarque que je m’illusionne. De voir que mon cerveau pense malgré moi. J’ai très peu de libre arbitre. Des processus se lancent en moi, sans que j’en aie forcément le contrôle.

Quelle  est votre citation préférée ?

Je n’en n’ai pas forcément de préférée, mais en voici une de circonstance :

« Les hommes ne sont capables de voir et d’entendre qu’après avoir changé leur cœur. » (Henri La Croix Haute)

2017-01-11T21:37:52+00:00 7 avril 2016|artistes-sportifs, Interview|0 commentaire

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